- INTERVIEW -

-Septembre 2002-
propos recueillis par Bernard Berthier (Coublanc -71-)

1. Quels étaient vos formations et vos métiers avant de devenir "chanteurs en église" (est-ce bien là le terme par lequel vous vous définissez ?)?

Jean-Noël : J’ai fait deux années de grand séminaire qui m’ont permis d’approfondir ma foi et de trouver petit à petit ma voie.
Comme je ne me sentais pas appelé au célibat, j’ai quitté le séminaire. J’ai ensuite travaillé plusieurs années au Secours Catholique, d’abord à Paris comme responsable des "équipes- jeunes", puis à Dijon où j’ai rencontré Cécile, et enfin à Lons-le-Saunier, comme délégué.
J’ai ensuite travaillé durant 18 ans comme responsable régional de l’Association des Paralysés de France.
Mais durant toutes ces années, nous chantions déjà durant tous les temps libres (week-end, vacances...)


Cécile : J’ai fait des études d’assistante sociale mais je n’ai jamais exercé mon métier. J’ai préféré être présente à notre famille et me libérer pour chanter.

2. Qu’est-ce qui vous a poussés à ce choix ? Étiez-vous mariés avant de le faire, ou y avez-vous pensé avant votre mariage ?

Cécile : C’est une longue histoire...
Avec du recul et en relisant nos vies et les évènements rencontrés, nous pensons réellement que nous avons été guidés. Ça, nous en sommes profondément persuadés.


Jean-Noël : Quand j’ avais 17 ans, mon père est mort d’un cancer. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ça a été un "déclic" très positif dans ma foi.
A partir de ce moment, des rencontres particulièrement fortes m’ont mis sur la voie de ce témoignage par la chanson : Raymond Fau, Jacques Lebreton, le Père Rodhain...
J’ai commencé à écrire mes premières chansons avec Raoul Mutin et Pierre Jacob qui étaient au séminaire avec moi.
(Raoul Mutin qui est, entre autre, auteur-compositeur de "Jubilez, dansez de Joie"– Pierre Jacob qui est, entre autre, auteur de "Comme un souffle fragile")
Ensemble, nous avons créé un groupe, le Groupe SILOÉ, qui chantait sa foi.
Et puis, un jour ce groupe a chanté à Dijon, dans une église où Cécile animait chaque dimanche les messes...
Nous cherchions une fille pour notre groupe. Sa conviction, sa foi et sa voix m’ont conquis...
C’est ainsi que nos routes se sont croisées .... pour ne plus se séparer !....

3. Vous sentez-vous investis d’une mission dans l’Église ? Êtes-vous reconnus comme le sont par exemple les diacres ou les "permanents" des différents services ? (Question subsidiaire : je suppose que vous vous reconnaissez comme "catholiques" — quel est votre rapport avec les protestants, par exemple ?)

Cécile : Nous nous sentons effectivement investis d’une mission... Toute réponse à un appel de Dieu n’est-elle pas une mission ?...
Or, nous avons vraiment le sentiment de répondre à un appel de Dieu.
Pour le reste : être reconnus ou non, être "investis officiellement par l’Eglise" ou non... au fond, ça n’est pas l’Essentiel.
L’Essentiel, c’est de répondre à l’appel de Dieu et d’essayer d’y être fidèles...
Pour nous, c’est vraiment cela qui compte avant tout.
De ce fait, la différence "catholique-protestant", n’a plus vraiment d’importance : nous sommes avant tout des baptisés, des croyants, des chrétiens, qui souhaitent témoigner de la joie qu’ils ont de croire....

4. Vous percevez-vous plus comme "chanteurs" ou "intermittents du spectacle", ou comme "prieurs ", comme chargés en quelque sort d’évangéliser ? Vous êtes affiliés à la sacem, comment les gens du métier vous perçoivent-ils ?

Cécile : La réponse est pratiquement dans la réponse précédente...
Le côté "chanteur", "intermittent" n’est qu’un statut, un moyen, qui nous permettent de témoigner.
L’essentiel est dans le coeur...
Quant à la SACEM, honnêtement, ils n’ont aucune idée de ce qui se cache derrière les titres des chansons. C’est une administration qui joue son rôle administratif avec nous comme avec n’importe quel auteur-compositeur... Ils ne se posent pas plus de question que ça !....

5. Êtes-vous les auteurs des paroles que vous chantez, et les compositeurs des musiques ? Ensemble, séparément ? Qui fait quoi ?

Cécile : Il y a plusieurs "cas de figure"....
Jean-Noël est majoritairement l’auteur (texte) de nos chants. Longtemps, il en était aussi le compositeur (musique).
Moi, ça m’arrive, occasionnellement, d’écrire et de composer un peu, surtout les chants d’enfants (éveil de la foi).
Mais on s’est aussi rendu compte qu’on s’enrichissait beaucoup en mettant dans le coup d’autres compositeurs.
Nous travaillons donc aussi beaucoup avec Pierre, le frère de Jean-Noël qui nous écrit souvent des "perles", et puis occasionnellement avec d’autres amis auteurs-compositeurs.
On s’enrichit les uns les autres.
Ça évite de "tourner un peu en rond" en retombant toujours sur la même grille d’accords, les mêmes rythmes, etc....

6. Avec quels chanteurs religieux ou non vous sentez-vous le plus d’affinités, lesquels vous ont marqués, et lesquels aimez-vous le plus ?

Jean-Noël : Depuis quelques années, les "chanteurs et comédiens en Eglise", nous nous retrouvons régulièrement pour partager nos expériences, nos vies, nous épauler...
Ça, c’est vraiment super.
On a ainsi appris à mieux se connaître, s’apprécier, accepter nos différences...
Forcément, il y a des affinités.... mais, sincèrement, je crois pouvoir dire qu’il y a une grande fraternité entre tous.
Bien sûr, nous avons une affection toute particulière pour Raymond Fau qui nous a beaucoup encouragé, qui nous a tracé la route...
Nous nous sentons très proches aussi de ceux qui, comme nous, essayent de gérer comme ils peuvent "vie de famille" et "mission"... Patrick Richard, par exemple, ou Vincent et Mireille Buron (qui sont comédiens)...
Mais la liste est loin d’être exhaustive et nous nous en voudrions d’en exclure tous les autres !....

7. Avez-vous reçu ou acquis une formation religieuse plus poussée que l’éducation chrétienne habituelle ? (théologie, liturgie, exégèse, etc.)

Jean-Noël : Comme je l’ai dit, j’ai fait deux années de Grand Séminaire qui m’ont beaucoup apporté sur le plan de l’approfondissement des Ecritures, et, aujourd’hui, ça m’aide beaucoup pour écrire.

8. Que pensez-vous d’un certain retour (médiatique ou profond) au chant grégorien ?

Jean-Noël : Du fait de mon éducation (petit séminaire, puis grand séminaire) je suis très sensible au grégorien. Mais ça ne veut pas dire que c’est ce que je choisirai comme style liturgique. J’aime entendre du grégorien dans une abbaye, ou pour méditer tranquillement.
Si le grégorien aide certaines personnes à prier... pourquoi pas ?... Il n’y a pas un seul style de musique valable....
Je pense qu’il faut beaucoup de tolérance dans ce domaine.... et ça manque parfois...
L’essentiel, c’est que la musique, le chant, aide à la prière et à se rapprocher de Dieu....
Ce qui serait négatif, ce serait si ce retour du grégorien était fait en provocation ou en rejet d’un autre style de musique....
Quand on écoute les chants de Taizé, on y retrouve un peu ce style.... Pourquoi pas puisque ça fait prier ?
Mais il ne faut pas que ça. Il faut aussi que chacun puisse se retrouver dans des mots et des musiques plus proches.

9. Est-ce facile, intéressant, dangereux de travailler en couple ?

Cécile : C’est une question qui nous est souvent posée...
Honnêtement, c’est super !
Je pense que c’est super parce que c’est un "métier" très particulier.
Ce qui fait que c’est super – et on en revient toujours à la même chose – c’est que, en fait, c’est bien plus une mission qu’un métier. Et une mission vécue en couple, c’est super : ça unit, ce sont des projets communs...
Nous vivons ensemble des moments très forts, des rencontres merveilleuses, et, ça, ça unit rudement !
Et puis, nous passons de longs, très longs moments, côte à côte, dans la voiture... C’est dans la voiture que nous avons toujours pris les grandes décisions de notre vie (adoption par exemple). C’est un moment où nous parlons beaucoup, où nous prions aussi...
Bien sûr, ça ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des moments plus difficiles, mais pas tellement dans le cadre de nos tournées.

10. Êtes-vous pris, bon an, mal an, tous les Week-end de l’année, et les grandes fêtes en plus ?

Cécile : Nous essayons d’équilibrer au mieux notre planning pour concilier vie de famille et vie professionnelle.
Par exemple, Noël et Pâques sont absolument réservés à la famille.
Et puis, il y a des périodes plus chargées que d’autres. Bizarrement, l’été est en général très calme, ce qui nous permet de bien profiter des enfants. Janvier-Février sont aussi assez tranquilles.
Par contre le Carême, l’Avent, les rentrées et fins d’années scolaires (et donc paroissiales) sont très chargés (week-end et certains jours de semaines).
Mais on arrive à trouver un juste équilibre.

11. Comment pouvez-vous concilier votre métier de "baladin", en quelque sorte, et une vie de famille avec de nombreux enfants ? Comment vos enfants vous perçoivent-ils ? Des vedettes, des gens trop "pieux", des modèles équilibrés ?

Cécile : Ça aussi, c’est LA grande question que tout le monde se pose....
Je pense vraiment que nous avons eu les grâces nécessaires pour que tout se passe au mieux.
Puisque nous vivions ce "travail" comme une mission, nous avons toujours dit à Dieu : "Si tu veux que nous continuions de chanter, donne-nous les moyens pour le faire"....
Et Il nous en a donné les moyens, puisque, très honnêtement, je ne crois pas que nos enfants aient eu à souffrir de notre vie.
C’est vrai, il fallait une super organisation... Nous avons eu de super "nounous" quand ils étaient jeunes et puis, maintenant, "ça coule" tout seul...
Très honnêtement, je crois que nos enfants ont plus "profité" de nous que la plupart des enfants dont les parents travaillent tous les deux.
Simplement, le rythme était un peu à l’envers de tout le monde....
Comment nos enfants nous perçoivent-ils ?...
Ce serait à eux qu’il faudrait le demander...
Il leur est arrivé de souffrir de notre métier à l’adolescence, quand il fallait dire à leurs copains-copines ce que faisaient leur parents... Parfois, c’était un peu dur....
Mais aujourd’hui, ils savent que nous sommes heureux dans ce que nous faisons sans pour autant leur imposer quoi que ce soit...
Ils nous respectent totalement dans ce que nous faisons et nous les respectons dans leur choix de nous suivre ou non dans la foi que nous leur avons proposée.
Nos enfants ne sont pas des "piliers d’Eglise".... N’empêche que, alors que nous ne leur avons rien demandé, trois d’entre eux (il y en a 5 !), on souhaité participer à notre dernier disque !
C’est chouette, non ?


12. Êtes-vous originaires de la région où vous habitez, ou est-ce un choix ou un hasard qui vous y ont conduits ?

Jean-Noël : C’est le hasard.... Mais nous nous y sentons bien. Lons-le-Saunier est une petite ville à taille humaine où nous apprécions de nous retrouver après nos périples....
De plus, géographiquement, nous sommes assez bien placés pour rayonner un peu partout.
Mais notre "secret désir" serait de partir un peu à la campagne pour redécouvrir les plaisirs d’une vie saine et simple au contact de la nature.

13. Est-il facile d’être animateurs de soirées de prière et de prier soi-même avec recueillement ? Comment faites-vous, au cas où ce ne serait pas facile, pour vous ressourcer ?

Cécile : Chacune de nos veillées est en général, pour nous aussi, un moment de prière. Si nous aidons les gens à prier , c’est avant tout, je pense, parce que nous prions nous-mêmes à ce moment-là. Et ça, les gens le sentent.
Nous sommes très exigeants l’un envers l’autre... et nous nous remettons beaucoup en cause mutuellement quand il le faut.
Nous ne supportons pas le mensonge et ce que nous chantons doit être vrai...
Du coup, nous sommes très exigeants avec nos vies personnelles, nos vies intérieures....
Entre chanteurs aussi, on s’aide beaucoup, on se remet en question... Et c’est bien ...
Et puis quelques amis aussi nous aident....


En conclusion, nous voudrions ajouter tout de même que nous ne sommes pas parfaits !.... que nous avons nos défauts, nos raz-l’bol, nos "coups de gueule".... que nous avons une vie de famille qui ressemble à toutes les vies de famille, avec les mêmes soucis, les mêmes inquiétudes... et les mêmes joies !